Rhodes, couche après couche
Ici, l’histoire se lit par strates : l’Antiquité grecque avec Lindos, Kamiros et le Colosse ; la période des Chevaliers hospitaliers (1309–1522) ; la ville ottomane ; l’administration italienne au XXe siècle ; puis, après-guerre, le rattachement du Dodécanèse à la Grèce.
Le paysage urbain garde ces marques : remparts et Palais du Grand Maître pour les Chevaliers ; minarets et hammams pour l’époque ottomane ; larges avenues bordées de palmiers et bâtiments administratifs de la « ville nouvelle » hérités des Italiens.
Vieille ville : UNESCO depuis 1988
La vieille ville de Rhodes compte parmi les plus vastes cités médiévales encore habitées d’Europe. Environ 6 000 personnes vivent intra-muros. Les fortifications courent sur près de 4 km, encore debout sur l’essentiel du tracé.
Le Palais du Grand Maître n’est pas resté tel que les Chevaliers l’ont laissé : les Italiens l’ont largement reconstruit dans les années 1930 et lui ont donné un usage officiel. Aujourd’hui, c’est un musée. Au sol, des mosaïques romaines et hellénistiques, déplacées d’autres sites. Pour billets et horaires, vérifie la page du ministère grec de la Culture.
La rue des Chevaliers est le front médiéval le plus net. Les bâtiments de pierre accueillaient les « langues » de l’Ordre : Provence, France, Angleterre, Aragon, Italie, Castille, Auvergne, Allemagne. À deux pas, l’ancien Hôpital des Chevaliers abrite le musée archéologique — un lieu qui mérite du temps.
Les Chevaliers de Saint-Jean
L’Ordre s’empare de Rhodes en 1309 et en fait, pendant 213 ans, une cité-État chevaleresque. Remparts, palais, hôpital, églises, entrepôts : tout un système défensif posé sur la Méditerranée, entre Occident latin et Empire ottoman.
La grande attaque ottomane de 1480 échoue. Celle de 1522, menée par Soliman le Magnifique, dure des mois. Les Chevaliers capitulent et quittent Rhodes ; quelques années plus tard, ils s’installent à Malte. Les murailles de Rhodes restent un témoin très complet de cette architecture militaire.
Lindos : une acropole au-dessus du village
Lindos est à environ 50 km au sud de la ville de Rhodes. Le village blanc s’accroche sous un éperon de 116 m, couronné par l’acropole. Là-haut : le temple d’Athéna Lindia (IVe siècle av. J.-C.), une stoa hellénistique et des renforts chevaleresques plus tardifs.
En été, grimper à midi cogne — même si le site est ouvert et ventilé. Sous le rocher, l’anse de Saint-Paul, que la tradition locale associe au passage de l’apôtre. Pour billets et horaires, vérifie avant de partir.
Dans le village, des maisons de capitaines du XVIIe siècle subsistent, souvent reconverties en boutiques ou bars. Des ânes montent encore vers l’acropole, mais les marches à pied restent l’option la plus sensée — pour toi et pour l’animal.
Kamiros, Filerimos et le Colosse
Kamiros, sur la côte ouest, était l’une des trois villes antiques de l’île. On y voit stoa, agora, temples et pans d’habitations. Filerimos, au‑dessus d’Ialyssos, mêle vestiges antiques, monastère et une grande croix italienne avec vue.
Le Colosse de Rhodes, achevé vers 280 av. J.-C., était une statue de bronze du dieu Hélios d’environ 33 m, classée parmi les Sept Merveilles. Il s’effondre lors d’un séisme vers 226 av. J.-C. Le destin de ses restes nourrit des récits postérieurs, mais rien de visible aujourd’hui.
L’image du Colosse enjambant l’entrée du port est un mythe récent — et mécaniquement improbable. L’emplacement exact reste discuté.
Petaloudes — la vallée des papillons
La vallée des Papillons, à l’intérieur de l’île, se remplit l’été d’écailles chinées (Euplagia quadripunctaria). Sentiers de bois, eau, ombre, petits sauts de ruisseau : une halte agréable même si tu n’es pas là que pour observer.
Le calme fait partie de la visite. Les papillons s’épuisent si on les force à voler : pas de bruit, pas de gestes pour les lever pour la photo. Vérifie période d’ouverture et billet avant d’y aller.
Des plages pour tous les goûts
Lindos et Pefki
Anses sablonneuses au pied de l’acropole et tout près. Eau peu profonde, foule en été.
Tsambika
Grande plage de sable sur la côte est, avec transats et tavernes à portée.
Anthony Quinn Bay
Petite crique rocheuse, rendue célèbre par « Les Canons de Navarone ».
Prasonisi
Tout au sud, la mer des deux côtés. Spot de windsurf et kitesurf.
Faliraki
Grande plage organisée et vie touristique très présente. Pas l’adresse pour le silence.
Stegna
Ambiance plus douce sur la côte est : sable, tavernes, rythme local.
Manger local
Les pitaroudia sont des boulettes de pois chiches aux herbes. La meliopita marie miel et fromage. La souma est un alcool local distillé de marcs — dans l’esprit de la tsikoudia. Côté vin, Rhodes travaille surtout l’Athiri et la Mandilari ; CAIR fait partie des noms connus de l’île.
En bord de mer, regarde le garidakí de Symi (petites crevettes) et les poissons de la côte est. Dans la vieille ville, les tavernes très touristiques demandent un œil sur les prix ; dès que tu sors des axes centraux, l’addition redevient raisonnable.
Se déplacer sur l’île
Les bus relient la ville de Rhodes à Lindos, Kamiros, Faliraki et plusieurs plages, avec des opérateurs différents selon les zones. Pour les longues distances, consulte les horaires à l’avance. Louer une voiture aide pour Petaloudes, Prasonisi et les villages — surtout si tu n’as pas envie de vivre à la minute près.
La vieille ville est piétonne. Laisse la voiture à l’extérieur des remparts et prévois des chaussures qui encaissent le pavé.
Depuis Athènes : avion ou ferry
Depuis Ioulianou 50 vers l’aéroport Elefthérios‑Venizélos : prends la ligne 1 du métro de Viktoria à Monastiraki, puis la ligne 3 jusqu’à l’aéroport. Compte environ 1 h selon l’attente. Le vol Athènes–Rhodes est court, et l’aéroport de Rhodes accueille de nombreuses liaisons directes européennes en été.
Pour le ferry, la ligne 1 depuis Viktoria file droit au Pirée. La traversée pour Rhodes est longue et souvent de nuit : une cabine change vraiment la donne. Depuis Rhodes, des bateaux partent vers Symi, Kos et Karpathos selon la saison.
Quand y aller
Mai, juin, septembre et octobre sont les mois les plus confortables. La mer permet souvent de se baigner, la chaleur reste humaine et la vieille ville respire entre deux groupes.
Juillet et août amènent forte chaleur, prix élevés et circulation. En hiver, la vieille ville a une belle atmosphère et du calme, mais beaucoup de services touristiques ferment.
Combien de jours prévoir
En trois jours, tu caseras vieille ville, Lindos et une plage. En cinq, ajoute Kamiros, Petaloudes et une journée à Symi. En une semaine, tu descends au sud : Prasonisi, villages, côtes plus tranquilles — et retour dans la vieille ville tôt le matin, avant l’arrivée des croisières.
Sources :
— Kathy